Rue Frontenac: Une enquête qualifiée de «mascarade»

IMG_0820À quelques jours seulement du début de l’enquête publique du coroner sur la mort du jeune Fredy Villanueva, le dernier groupe civil en lice comme personne intéressée, la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), se retire de ce processus qu’elle qualifie de «mascarade».

«Les dés sont pipés. Ça va être une enquête policière qui n’a aucune crédibilité, car le lien de confiance a été brisé trop souvent», a affirmé aujourd’hui lors d’un point de presse Alexandre Popovic, porte-parole du CRAP.

La veille, c’est le Mouvement Solidarité Montréal-Nord (MSMN) qui a annoncé son retrait de l’enquête. Il laisse toutefois la porte entrouverte à sa participation. «Nous voulons que le juge Robert Sansfaçon aille au fond des choses et que ses travaux soient élargis aux problèmes sociaux des jeunes. On veut pouvoir avoir des recommandations sur lesquelles ont va pouvoir travailler pour améliorer la qualité de vie des Montréalais», affirme sa porte-parole Brunilda Reyes.

La CRAP base sa décision sur plusieurs facteurs. D’une part, elle reproche au procureur désigné au dossier, Me François Daviault, d’avoir trop tardé à la désigner comme «personne intéressée» pour participer à l’enquête qui débute ce lundi.

Ce statut leur a été attribué le 4 mai alors que la demande formelle du CRAP avait été faite le 20 février. «On a 20 jours pour lire 1060 pages de documents et consulter des extraits audio et vidéo. C’est impossible d’être bien préparé et d’être à la hauteur des avocats des policiers», affirme M. Popovic.

Promesse non-tenue

D’autre part, la Coalition reproche au gouvernement d’avoir rompu sa promesse de payer les frais d’avocat des familles Méas et Sagor-Métellus, dont les enfants ont assisté au drame du 9 août dernier au cours duquel Fredy Villanueva, 18 ans, a été tué par des policiers à la suite d’une intervention de routine qui a dégénéré dans un parc de Montréal-Nord.

La famille de la victime n’assistera pas à l’enquête publique du juge Robert Sansfaçon. Sur la photo, la soeur de Fredy Villanueva lors d’une manifestation à Montréal. Photo d’archives Luc Laforce

Cela crée un déséquilibre sur le plan de la représentation légale, croit la CRAP. «En revenant sur sa parole, le gouvernement a brisé le lien de confiance. Par solidarité avec la famille Villanueva qui ne souhaite pas assister aux travaux de l’enquête, on s’en retire. Participer à cette enquête serait cautionner une mascarade», dit son porte-parole qui affirme détenir un enregistrement vocal de ce qu’il avance.

Cet aspect est aussi dénoncé par la Ligue des Noirs, un autre organisme communautaire qui a annoncé récemment son retrait de l’enquête.

Profilage racial

À l’instar de la CRAP et du MSMN, la Ligue des droits et libertés s’est retirée pour demander qu’une commission d’enquête publique soit instituée. Tous souhaitent que l’enquête ait un mandat plus large pour aborder les questions du profilage racial, de la lutte aux gangs de rue et de la formation des policiers.

Rappelons que mardi, un groupe de 15 personnalités publiques en faveur elles aussi d’une enquête publique élargie s’est vu refuser la remise d’une lettre et une rencontre avec le premier ministre Jean Charest. Le groupe compte dans ses rangs l’ex-président de la CSN Gérald Larose, la porte-parole de Québec Solidaire Françoise David, l’ex-ministre péquiste Louise Harel, le député fédéral néo-démocrate Thomas Mulcair, le musicien Luck Mervil, l’avocat Julius Grey, la coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés, Nicole Fillion, et le président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philip.

L’enquête du juge Robert Sansfaçon débute ce lundi. Elle est d’une durée de huit jours échelonnés sur deux semaines. Trente-neuf personnes sont assignées à comparaître.

[Écrit par Louis Mathieu Gagné
Vendredi, 22 mai 2009 14:29
Mise à jour le Dimanche, 24 mai 2009 15:59
]

L´article original se trouvent ici

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