COBP: Richard Barnabé, 38 ans

Le mardi 14 décembre 1993 vers 4h40, Richard Barnabé, un chauffeur de taxi canadien âgé de 38 ans, est battu jusqu’à l’atteinte d’un coma irréversible par les agents Karl Anderson et Louis Samson du poste 1, Pierre Bergeron, Manon Cadotte, André Lapointe et Michel Vadeboncoeur du poste 44.


[English version forthcoming]

Résumé du cas : Suite à un appel d’une résidente de la rue Martigny à Laval pour un bruit de vitre cassée, les agents Lapointe et Bergeron du poste 44 poursuivent Richard Barnabé qui aurait brisé une fenêtre de l’église Saints-Martyrs Canadiens, rue Sauriol, pour voir un prêtre. Après une poursuite impliquant 10 voitures et 17 policiers qui se termine dans l’entrée de garage de son frère Raymond Barnabé à Laval, Richard Barnabé a été arrêté et battu par des policiers. D’après les policiers, Barnabé a été blessé ou il s’est lui-même blessé en résistant à son arrestation. La décision de l’amener au poste 44 est prise, mais on annonce à son frère qu’il sera amené à l’hôpital. Rendu au poste 44, on tente de fouiller Barnabé à nu dans une cellule, pendant que des ambulanciers appellent le médecin afin d’avoir l’autorisation de le transférer à l’hôpital. Barnabé aurait refusé les soins et la fouille. Le tabassage mortel a débuté dans la cellule à 4h40 et a duré vingt minutes pendant lesquels six policiers tentent de le « maîtriser ». Barnabé a été menotté avec des côtes cassées, il était couché sur le sol du poste de police où il a eu un arrêt respiratoire et cardiaque. Pour les vingt minutes suivantes, son cerveau ne reçoit plus d’oxygène, des suites de la maîtrise. Au moins trente agents sont impliqués (en comptant ceux qui observaient passivement), dont certains de la police de Laval lors du premier tabassage. Barnabé est mort le 2 mai 1996 après être demeuré durant 2 ans et demi dans un coma neurovégétatif.

Contradictions et inconsistances : D’un côté, l’opinion publique condamne la violence avec laquelle les policiers tabassent Barnabé. De l’autre côté, les policiers ne font selon eux que leur travail avec la formation et les outils qu’ils ont. Lorsqu’ils tentent de procéder à une fouille à nu, le détenu se met à résister avec une force incroyable, les policiers ne font que le maîtriser. Alors qu’il n’avait que quelques égratignures lors de son arrestation à Laval, après avoir passé 20 minutes dans une cellule avec 6 policiers il en est ressorti, après une tentative de fouille à nu non obligatoire, avec les genoux cassés et des côtes fracturées, sur une civière, dans un coma végétatif. Durant le tabassage, un officier aurait dit : « Tabassez-le pas trop fort! » Il s’agirait d’une mort accidentelle, les policiers prétendant qu’ils n’ont fait que leur travail face à Barnabé qui n’était pas armé.

Suites : Après une enquête de la SQ, des accusations ont été portées contre des policiers le 15 janvier 1994 et suite au procès l’un d’eux a été acquitté et quatre policiers ont été reconnus coupables d’agression causant des lésions le 27 juin 1995: Pierre Bergeron et Louis Samson, de même qu’André Lapointe et Michel Vadeboncoeur. Ils ont depuis réintégré la police de Montréal. Une poursuite au civil a été réglée par une entente hors cours le 4 juillet 1995. Le juge René Roy de la Cour du Québec a infirmé le 14 août 2001 la décision du comité de déontologie policière qui avait déclaré les policiers Jean-Pierre Auger, Michel Pohu et Karl Anderson coupables d’avoir dérogé au Code de déontologie. Le 7 mars 2000, un juge de la Cour du Québec renverse la destitution de Bergeron et Samson ordonnée deux ans plus tôt par le comité de déontologie policière, et la remplace par une suspension sans solde de 300 jours ouvrables pour Bergeron et de 240 jours ouvrables pour Samson. En 2006, la desitution de deux policiers est finalement confirmée en appel. Le frère de Richard Barnabé, Raymond, qui était policier, a démissionné du SPCUM.


[Extrait du texte D’Anthony Griffin à Mohamed Anas Bennis: Enquête sur 40 personnes tuées par la police de Montréal en 20 ans (1987-2006), reproduit sans permission; tiré du site Internet du Collectif opposé à la brutalité policière. Le COBP n’est aucunement impliqué dans la conception de ce site Internet.]

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